L’autonomie appliquée aux questions numériques

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L’autonomie appliquée aux questions numériques

Bonjour à tous.


A priori, toutes les personnes lisant cet article ont deux points communs :    

1- Vous êtes sensibles aux problématiques de l’effondrement, de la transition vers des modes de vie plus durables, résilients et humains    

2- Vous utilisez un ordinateur ou un téléphone pour lire cet article : vous êtes connectés à internet, et vous utilisez régulièrement cette connexion internet pour développer vos connaissances sur les problématiques que j’ai cité.

Cependant, il est possible que peu d’entre vous réalisent en quoi l’utilisation massive d’internet par l’ensemble (ou presque) de la société participe à son effondrement ; un nombre certainement plus réduit encore connaissent les pratiques pour utiliser internet de manière durable et éthique.

Je souhaite donc, dans cet article, (re)voir avec vous – quels sont les intérêts d’internet – quelles sont ses problématiques sociales et environnementales – quelles sont les solutions théoriques et pratiques à ces problématiques – quelles sont les limites à ces solutions.

L’objectif de cet article est de faire parvenir ces connaissances et ces pratiques à des gens que l’informatique n’intéresse pas, voire rebute. Cet article a donc pour but d’être clair et accessible pour tous, et ne vous demandera aucune expertise technique !!

Les qualités d’internet :

Aujourd’hui, nous utilisons internet de multiples manières différentes dans notre vie quotidienne. Il nous permet …

  • … de rentrer en contact les uns avec les autres, avec nos proches ou des inconnus à l’autre bout du monde, avec qui l’on peut partager nos idées, nos connaissances, nos passions. 
  • … accéder à une quantité de connaissance encore jamais vue dans l’histoire de l’humanité, dans tous les domaines, pour mieux comprendre le monde et le transformer
  • … nous organiser, monter des équipes autour de projets communs pour transformer le monde ensemble !

Nous avons sûrement tous des exemples en tête ! Du site de R&T au réseau Colibri, de la grande quantité de chaînes YouTube, de serveurs Discord ou de livres numériques, de Wikipédia au réseau Tor, les initiatives pullulent pour essayer de partager le savoir et construire une société nouvelle !!

Dit comme ça, internet à l’air d’être un élément décisif de la transition, mais il à un coût social et écologique dramatique ! Si notre incompréhension des processus qui y ont lieu nous font croire à un « monde virtuel » déconnecté du réel, la compréhension de ces processus nous fait apparaître une réalité bien matérielle, pas du tout libératrice ni résiliente !

Ses défauts :

Internet tel qu’il est aujourd’hui, à travers l’utilisation que nous en faisons, pose tout un tas de problèmes sociaux et environnementaux : 

  • Il consomme une grande quantité d’électricité (7% de la consommation mondiale en 2017, essentiellement créée à partir de ressources rares et polluantes)
  • Il favorise l’émergence de grandes multinationales, qui mettent leurs travailleurs dans des conditions précaires
  • Ces firmes fabriquent des produits dans une perspective d’obsolescence programmée, afin de vous revendre le même produit 2 ans plus tard pour maximiser leurs profits, mais occasionne un immense gaspillage de ressources
  • Elles dirigent les internautes vers des activités toujours plus chronophages, vers une société de plus en plus axée sur les divertissements stériles, pour favoriser les informations qu’elles veulent et diriger les mentalités
  • Elles fournissent ces données aux services de renseignement et favorise une société de la surveillance généralisée. 

Là encore, les exemples ne manquent pas. Je prendrais ici l’exemple de YouTube : d’immenses locaux dédiés à l’hébergement des vidéos, qui consomment une quantité incroyable d’électricité (rejetant à elle seule l’équivalent des rejets de l’Espagne en 2018), une quantité démente de vidéos majoritairement dédié au divertissement les plus abrutissants, où des algorithmes proposent du contenu aux internautes en fonction de leurs propres intérêts politiques, ou bien dans l’objectif de les maintenir captifs le plus longtemps possible sur la plateforme, en récoltant des informations sur eux pour améliorer leurs algorithmes, pour vendre ces informations au plus offrant ou pour les offrir à tous les services de renseignement intéressés … Un bilan qui n’est pas très éthique ni pour l’humain, ni pour l’environnement …

https://peertube.live/videos/watch/5b186c5a-2f70-4487-9bc1-a563584da353
Cette vidéo montre comment notre consommation massive de réseau sociaux à un impact sur l’environnement qui n’est pas du tout virtuel ! (6:38)

Cet exemple nous montre pourquoi internet, qui aurait pu être un réseau de libération capable de nous aider à construire la transition vers une société plus résiliente et humaine, devient plutôt un réseau d’enfermement dans une société non-résiliente, anti-humaine et destructrice de l’environnement.

Cependant, cette situation n’est pas une fatalité !! Depuis les années 80 et les débuts d’internet, des humains luttent quotidiennement contre les effets négatifs du réseau, et pour construire et favoriser ses effets positifs. Nous pouvons tous rejoindre ce mouvement, pour favoriser ces effets positifs dans notre usage quotidien d’internet (sans avoir besoin d’aucune compétence en informatique) tout en luttant contre ses effets destructeurs pour les libertés publiques et pour l’environnement. Voici comment :

Les solutions possibles :

    Première partie : la théorie

Avant de passer tout de suites aux bonnes pratiques à adopter, je vais commencer par une base théorique qui permettra de comprendre la globalité de ce qu’on appelle « l’éthique en informatique » : Déjà, parce que 1- ça m’évitera ensuite de répéter à chaque fois que je vous montrerai une alternative « elle est bien parce que ceci et pas cela » 2- parce qu’elle vous évitera de tomber dans toutes les fausses alternatives qui ne respectent pas ces conditions. Une fois cette logique intégrée pour les questions de logiciels, il serra facile de les transposer aux questions de matériel.

Ceci dit, il est important de noter que la base, pour lier les valeurs de l’autonomie avec une activité sur des appareils qui fonctionne à l’électricité, c’est d’être autonome en électricité (dit comme ça, c’est assez évident, et si vous lisez cet article j’imagine que vous vous êtes déjà posé la question de l’autonomie en électricité, je ne rentrerai donc pas dans les détails).

L’éthique en informatique est composée de 3 étapes :

  • Les logiciels libres
  • Les réseaux décentralisés
  • Le chiffrement des communications

Ces trois notions forment un trio qui permet de déterminer si un logiciel est éthique ou pas. C’est un peu dense à intégrer, mais une fois que vous aurez intégrer les trois étapes de ce modèle, vous serez capable par vous-même de faire des choix d’internaute responsable.

– Les logiciels libres

Lorsqu’on manipule un ordinateur, on ne fait que manipuler des logiciels : de votre navigateur à votre éditeur de texte en passant par votre lecteur de vidéos ou votre boite mail, tout cela, ce sont des logiciels. Même votre système d’exploitation (a priori, c’est Windows) est un gros logiciel qui sert à faire communiquer tout les autres petits logiciels avec votre matériel (clavier, souris, écran …)

Cependant, la plupart de ces logiciels on un gros défaut : c’est qu’il est impossible de dire comment ce logiciel fonctionne exactement, même pour le meilleur informaticien du monde (qui pourrait l’expliquer aux autres). En fait, ce logiciel est la propriété intellectuelle de l’entreprise qui l’a conçue, et elle a donc déployé tous les moyens à sa disposition pour que personne ne puisse comprendre exactement comment il est fait. Il est donc impossible pour vous de savoir si votre navigateur web, votre éditeur de texte ou même votre système d’exploitation n’est pas en train d’espionner tout ce que vous faites en ce moment même.

Le texte légal qui définit la propriété intellectuelle s’appelle une licence. Pour ce genre de cas, on parlera donc de licence privée.

C’est le cas de la plupart des logiciels que vous utilisez au quotidien : Windows, Google Chrome, Twitter, YouTube … tout ces logiciels sous licence privée sont la propriété intellectuelle de grandes firmes transnationales : en même temps que ces logiciels, ces entreprises ont programmé notre impuissance politique contre elles. Personne au monde n’est capable de dire « comment ça marche » exactement, si il vous espionne ou pas, si il vous manipule ou pas. 

Pour contrer cette situation, l’humanité a développé une communauté de militants spécifique, les militants du logiciel libre (ou les « libristes »). L’objectif des libristes, c’est de produire des logiciels qui ne seront pas sous licence privée, mais sous licence libre : cela veut dire que la propriété intellectuelle du logiciel va de facto à toute l’humanité sans restriction. Tout ceux qui ont les connaissances pour lire du code source sont capables de dire si un logiciel ne fait bien que ce qu’il dit, et rien d’autre ; il est libre de l’améliorer et d’en partager les modifications.

Les libristes produisent des « logiciels libres » pour remettre dans les mains de l’utilisateur la possibilité de comprendre ses outils, pour garantir ses droits au respect de la vie privée, au secret des correspondances et à l’éducation. Ils empêchent tout accaparement de votre informatique par des acteurs privés (c’est en fait exactement la même problématique qu’entre Monsanto et les semences libres)

https://peertube.live/videos/watch/c93411bc-42d5-4c9e-8feb-71721ac7a708
Richard Stallman, l’inventeur du principe du logiciel libre, nous parle de ce qu’il est … (2:06)
… et nous invite à adhérer à https://april.org/ !!

– Les réseaux décentralisés

La plupart du temps, lorsque vous allez sur un site internet, vous envoyez une requête à un autre ordinateur qui contient le site web que vous cherchez. Cet ordinateur est la propriété d’une firme transnationale, qui voit passer des millions de requêtes comme la votre : elle peut donc choisir d’enregistrer l’intégralité des informations sur ces millions d’internautes, et elle peut faire ce qu’elle veut des enregistrements. Elle peut aussi choisir, en fonction des informations qu’elle a sur vous, de vous envoyer une réponse différente (comme des publicités ciblées), voir de ne rien vous envoyez si elle le souhaite. Elle à donc le contrôle total de tout ce qui se passe sur ce réseau : on dit que c’est un réseau centralisé.

Par exemple, le site web de Twitter est également la propriété de Twitter Inc., qui le modère et le maintient. Cette entreprise voit passer des millions de connexion tous les jours, elle peut répondre à ces requêtes comme elle le souhaite, elle peut toutes les enregistrer et faire ce qu’elle veut de ces enregistrements. Ses ordinateurs consomment énormément d’électricité, surtout pour le refroidissement. 

A l’opposé, on peut penser à plusieurs sites internet, qui communiquent entre eux pour former un réseau. Vous pouvez vous connecter sur le site web que vous voulez, vous arriverez toujours sur le même réseau. Dans cette configuration, aucun acteur central n’est capable de contrôler l’ensemble du trafic. Si l’un d’eux espionne vos données, ou bien si il manipule les données qu’il vous envoie, vous pouvez à tout moment changer de site web (ou créer le votre) et vous resterez sur le même réseau.

On appelle cela des réseaux décentralisés. Comme ces réseaux sont constitués d’une multitude d’ordinateurs, alors leur charge énergétique est bien mieux répartie, et on consomme beaucoup moins d’électricité. 

Dans le cas où chaque utilisateur est son propre nœud du réseau, on appelle cela un réseau distribué. Ici, la charge énergétique est parfaitement répartie, il n’y a que les utilisateurs qui consomment de l’électricité, sans aucun acteur central. Si ils sont tous autonomes en électricité, alors le réseau l’est aussi.

Pour résumer :

  • Lorsqu’un réseau ne comporte qu’un seul nœud auquel se connecte tous les utilisateurs, il est centralisé.
  • Lorsqu’il comporte plusieurs nœud, il est décentralisé.
  • Lorsque chaque utilisateur est son propre nœud, il est distribué.

– Le chiffrement des communications

Les logiciels libres garantissent l’intégrité de votre propre machine contre tout prédateur intérieur ; les réseaux décentralisés vous garantissent cette intégrité concernant votre destinataire. Il vous reste maintenant à garantir l’intégrité de vos communications sur le chemin qui vous relie à votre destinataire, c’est pour cela que vous devez appliquer le chiffrement des communications.

Entre vous et votre destinataire, il peut y avoir tout un tas d’intermédiaires !! entre votre fournisseur d’accès (Orange, Free, Bouygues …), d’autres services du même genre (DNS, CDN, blaablablaaaa …), ainsi que votre État (certainement la France), l’état de votre destinataire, et les éventuels pirates : voilà, en gros, la quantité de gens qui sont susceptibles d’espionner vos communications. Hors, on sait aujourd’hui, grâce au travail de nombreux lanceurs d’alertes, que la réalité de l’espionnage généralisé de toute l’humanité dépasse les théories du complot les plus folles !! 

La solution pour répondre à ce problème est de chiffrer vos communications. C’est le seul moyen de rendre illisible et inviolable une information que vous envoyez sur internet  (vous pouvez comparez ça avec le fonctionnement de la poste : soit vous envoyez une carte postale, soit une enveloppe scellée)

Le chiffrement des communications est certainement le sujet le plus technique parmi les trois points de l’éthique sur internet, si on veut le réaliser au quotidien de manière intégrale. 

 Lorsque vous faites le choix d’utiliser un logiciel libre, il fonctionnera (pour vous) de la même manière qu’un logiciel tradi. Lorsque vous faites le choix d’un réseau décentralisé, il fonctionnera (pour vous) de la même manière qu’un réseau tradi. En revanche, même si une grande quantité d’applications vous permettent de communiquer de manière chiffrée et passive, certains points décisifs (comme les mails) demande une pratique active de chiffrement, ainsi que des connaissances techniques. Pour cet article, je vais rester assez vague de manière à éviter de perdre ceux qui se sont accrochés jusque là 😉 

Je vais, pour conclure cette partie, vous fournir une documentation qui permettra à ceux qui le souhaitent d’approfondir ce sujet. 

Aeris nous présente les aventures d’un paquet réseau sur internet, et comment sécuriser au mieux son cheminement. (41:16)

Conclusion de la partie théorique : 

Après l’énoncé de ce modèle, on peut clairement voir apparaître deux utilisations distinctes de l’internet :

  • L’une, fondée sur la propriété intellectuelle, la centralisation des services et l’espionnage généralisé, qui rend ses utilisateurs impuissants et manipulables, qui met dans les mains des acteurs privés toutes les questions sociales et environnementales (consommation d’électricité, respect des droits de l’homme, pertinence du contenu …)
  • L’autre, fondée sur la propriété commune, la décentralisation des services et la protection des données personnelles, qui met dans les mains de l’utilisateur toutes les questions sociales et environnementales.

Dans un cas, des acteurs privés utilisent des technologies incompréhensibles et polluantes pour manipuler et espionner toute l’humanité ; de l’autre, c’est l’humanité qui produit des technologies compréhensibles, qui s’approprie les questions sociales et environnementales en s’émancipant des acteurs privés. Voilà l’opposition radicale entre la technologie d’enfermement contre la technologie de libération. Il n’y à que la technologie de libération qui pourra nous permettre de produire avec elle un monde meilleur.

Deuxième partie : la pratique

Maintenant que vous savez distinguer ces deux formes de technologies, nous allons voir en pratique plusieurs alternatives pour faire la transition de l’une vers l’autre. 

J’aborderai ici les questions essentielles à votre navigation (le système d’exploitation, le navigateur, le moteur de recherche …)

Le système d’exploitation

Comme je l’ai dit plus haut, un système d’exploitation (ou « OS » pour « Operating System »), c’est le gros programme qui se lance au démarrage de votre ordinateur, et qui s’occupe de faire fonctionner tout les autres programmes. Normalement, l’immense majorité des lecteurs de cet article ont pour OS Windows ou Mac (pour les PC), Android ou IOS (pour les smartphones).

Le problème, c’est que ces systèmes d’exploitation sont des éléments décisifs de notre enfermement technologique. Il sont capables d’installer n’importe quoi sur votre ordinateur ou bien de manipuler votre matériel (micro, caméra …) sans que vous n’en sachiez rien, selon leur bon vouloir !

Le système d’exploitation Linux est une alternative à ces systèmes. Linux est produit par des bénévoles, et possède donc une grande variété de versions possibles pour différents besoins (au moins une centaine de distribution). Linux n’est donc pas un système unique (comme Windows) mais un écosystème.

Il à la réputation d’être compliqué à utiliser car les premières versions dans les années 80-90 étaient destinés à des spécialistes, mais aujourd’hui de nombreuses distributions sont conçues pour le grand public ! Les versions les plus adaptées pour les débutants sont Mint et Ubuntu.

Je vous invite à installer l’une de ces distributions à la place de Microsoft sur votre ordinateur ! Ça peut paraître un peu compliqué, mais en réalité ça fait beaucoup moins peur avec un tutoriel !! (et puis vous pourrez trouver de l’aide sur le discord de R&T ou ailleurs, les linuxiens seront toujours ravis de vous aider !) Quand ça serra fait, vous regretterez de ne pas l’avoir fait plus tôt !

NB : Certaines manipulations plus complexes permettent d’avoir un OS libre sur smartphone ! Ce sont des questions plus techniques que nous ne recommandons pas à des débutants, mais si vous êtes motivés, ça peut valoir le coup d’investir dans un téléphone compatible si vous venez à en changer !

–  Le Fournisseur d’Accès Internet (FAI)

La plupart des gens utilisent Orange, Bouygues, SFR ou Free pour obtenir un accès internet. Cependant, il est possible pour vous de passer plutôt par un FAI associatif, comme une association membre de la FFDN (la Federation French Data Network est créé dans les années 90 et est complètement associatif !!)

Vous pouvez consulter la carte du réseau FFDN pour savoir si un de ses membres est près de chez vous !!

– Le navigateur

Pour naviguer sur internet, on utilise un programme qu’on appelle un navigateur. Vous utilisez certainement Google Chrome, Microsoft Edge ou Opera … Cependant, aucun de ces navigateurs ne respectent l’éthique en informatique !! 

Vous pouvez faire le choix d’un navigateur sous licence libre comme Mozilla Firefox qui est le plus connu ! Vous pouvez l’installer ici

Vous pouvez aussi essayer d’autres navigateurs libres comme Chromium ou Brave.

– Le moteur de recherche

Pour trouver telle ou telle page sur internet, vous utilisez forcément un moteur de recherche. Il est fort probable que vous utilisiez Google, Yahoo … Cependant, ces moteurs font partis des technologies d’enfermement.

Il est possible d’utiliser différents moteurs plus éthiques à la place : 

  • Searx est un moteur de recherche décentralisé : cela veut dire que ce moteur est une fédération de plusieurs sites web communiquant entre eux (qui peuvent être gérés par des associations, des particuliers …)
    Ses résultats ne sont pas aussi pertinent que ceux de ses concurrents, mais il respecte les valeurs du logiciel libre. Il possède des mécanismes  internes qui garantissent la protection des données personnelles. Ses membres se répartissent la charge énergétique.
  • YaCy est un moteur de recherche distribué : cela veut dire que chaque utilisateur est son propre moteur de recherche.
    Sa mise en place est compliquée et ses résultats ne sont pas aussi pertinent que ceux de ses concurrents, mais il respecte les valeurs du logiciel libre. Chaque utilisateur est maître de ses données personnelles et de sa charge énergétique.
  • Qwant est un moteur de recherche centralisé géré par une startup française qui annonce 1- qu’elle ne stocke aucune donnée personnelle sur ses utilisateurs 2- qu’elle est neutre dans l’affichage des résultats. 
    C’est une alternative efficace à Google, bien qu’elle ne respecte pas toutes les valeurs du logiciel libre. Puisqu’il est centralisé, le fait de croire ou non à ses déclarations relève le la confiance aveugle. Il n’a aucune prétention écologique.
  • Ecosia est un moteur de recherche solidaire et centralisé, géré par une entreprise allemande qui donne 80% de ses bénéfices à des programmes de reforestation partout dans le monde, ce qui lui permet de gérer 100% de ses émissions carbone … il atteindra bientot les 100 millions d’arbres plantés !!
    C’est une bonne alternative à Google, bien qu’elle ne respecte pas toutes les valeurs du logiciel libre. C’est un moteur de recherche centralisé qui ne prétend pas être aussi exigeante que ses concurrents plus axés sur la protection des données personnelles, puisque son fonctionnement implique de générer des revenus publicitaires pour financer ses projets de reboisement.
  • Il existe encore une grande variété de moteurs de recherche que vous pourrez découvrir au fur et à mesure (DuckDuckGo, Lilo, Starpage …) Cependant, avec ces 4 exemples vous avez une bonne idées des différents types de moteurs de recherche possible : les moteurs décentralisés ou distribués, les moteurs centralisés orientés vers la protection des données ou la responsabilité écologique. Les moteurs centralisés donnent généralement de meilleurs résultats que les autres.

– La boite mail

Pour consulter ou envoyer des mails, on utilise une boite mail. Pour cela, la plupart des gens utilisent Gmail, mais il existe plusieurs alternatives : 

  • Protonmail est un fournisseur de boite mail centralisée, gérée par une startup suisse. Elle annonce un haut niveau de confidentialité, et elle se situe en dehors du droit américain et européen.
    C’est une alternative efficace à Gmail, bien qu’elle ne respecte pas toutes les valeurs du logiciel libre. Puisqu’elle est centralisée, le fait de croire ou non à ses déclarations relève le la confiance aveugle. Elle n’a aucune prétention écologique.
  • Dans le même genre des fournisseurs de mails centralisés, vous pouvez trouver Lilo Mail (francais, prétention écologique) ou Rise Up (américain, prétention de vie privée et libertaire)
  • Thunderbird est un logiciel qui permet de gérer vos boite mail sur votre propre ordinateur. Il participe à protéger votre vie privée, comporte certaines protections contre le piratage et les mails indésirables ; il vous permet d’alléger la charge énergétique du stockage de vos mails sur internet, ainsi que d’accéder à vos mails même hors-ligne.
    Il peut aussi vous servir d’interface si vous décidez de mettre en place votre propre serveur de mail, maîtrisez votre niveau de confidentialité ainsi que de la charge énergétique (ce qui est nettement plus technique … très déconseillé aux débutants !)

– L’hébergement vidéo
Pour visionner des vidéos sur internet, on utilise généralement Youtube, mais il existe des alternatives :

Peertube est un logiciel d’hébergement vidéo décentralisé. Cela veut dire que cette plateforme est une fédération de plusieurs sites web communiquant entre eux (qui peuvent être gérés par des associations, des particuliers …)

La gestion des données personnelles et de la charge énergétique est entre les mains de l’instance que vous utilisez. Il est également possible d’héberger votre propre instance. Par contre, il contient moins de contenu que YouTube (pensez à montrer cette alternative à vos youtubeurs préférés pour renverser la vapeur !! Certains on déjà fait ce choix, comme DataGueule, Thinkerview, permaculture agroécologie etc, …)

– Le bloqueur de pubs

Un bloqueur de publicités permet de ne pas voir des publicités lors de sa navigation. Pour cela, la plupart des gens installent Adblock dans leur navigateur.

Ublock Origin est une alternative sous licence libre. Il est concrètement plus efficace, car il ne peut pas y avoir d’accord commercial pour laisser passer certaines pubs, comme c’est le cas pour Adblock.

– Les réseaux sociaux

Pour communiquer et échanger sur internet, la plupart des gens sont présent sur des réseaux sociaux (Facebook, Twitter …)

Diaspora* est un réseau alternatif à Facebook.
Mastodon est un réseau alternatif à Twitter.
Il sont tous  deux  décentralisés et sous licence libre. 

A mon sens, ces réseaux sont d’une qualité supérieure aux réseaux traditionnels. D’une part, la population du réseau quasi-intégralement composé de militants dans tous les sujets (étant donné le facteur discriminant qu’est la sensibilité à la protection de la vie privée, mais ouverts à tout les sujets et disposant d’un niveau de conscience politique et humaine que vous ne retrouverez pas ailleurs … et qui en plus, savent rigoler !!) ; d’autres part la plateforme en elle même, qui donne des résultats neutres, sans pubs et sans surveillance.

En dehors de Diaspora* et Mastodon, vous pourrez trouver une multitude de réseaux dans le même genre, des alternatives à Instagram, Tumblr, Google+ … Le projet Fediverse à vocation à fédérer tout ces réseaux dans un seul et unique « réseau univers » afin que l’on puisse communiquer ensemble par delà nos réseaux préférés … Pour en savoir plus, vous pouvez consulter la page wikipedia de Fediverse ou bien cet article très complet !

– Et plein d’autres encore !

Jitsi Meet est une alternative à Skype.
Riot et rocket.chat sont des alternatives à Discord.
Signal est une alternative à WhatsApp.
Carbonizer est un add-on à Firefox qui permet de mesurer la consommation en CO2 de votre navigation.

Si vous avez des besoins spécifiques qui ne font pas parti de cette liste, vous pouvez trouver pleins d’autres alternatives sur le site Prism-break.org qui répertorie une grande partie des solutions possibles ! Vous pouvez aussi accéder au site web de Framasoft, une association engagée sur ces sujets, ou vous inscrire sur les réseaux sociaux libres que j’ai cité pour trouver des gens qui peuvent vous aider !

A ce sujet, Résilience & Transition vient d’ouvrir une communauté sur Riot, venez nombreux ! Vous pouvez vous renseigner sur le discord.

La limite de l’autonomie numérique : le matériel libre

Certaines solutions du logiciel libre restent moins abouties que les solutions propriétaires (YaCy n’égale pas Google, Peertube n’égale pas Youtube …), mais c’est souvent liés à des communautés moins importantes et contenu moins riche ; cette situation peut facilement évoluer, il n’en tient qu’à nous de faire évoluer ces plateformes pour renverser la tendance !
Mais le point faible décisif de la question de l’autonomie numérique, c’est le matériel libre : si il est assez facile pour un informaticien de programmer des logiciels et de partager des copies du code source, c’est autre chose de produire un ordinateur, d’en partager des copies du plan et des machines !!

Prenons l’exemple d’un processeur, composant essentiel d’un ordinateur. Les processeurs actuels sont des puces de silicium fondus à quelques nanomètres près (pour rappel, un million de nanomètres font un millimètre) … Pour qu’un particulier soit capable de réaliser ça dans son garage, il faudra à l’humanité encore plusieurs décennies de progrès technique, au bas mot !! La résolution de cette question décisive demandera des inventeurs investit sur ce problème (mais comme on dit chez nous : « la route est longue, mais la voie est libre !!)

En attendant, les fabricants du matériel privé posent les mêmes problèmes que ceux du logiciel privé. On sait aujourd’hui que certaines puces dans votre ordinateur (ou votre téléphone) sont conçues pour être incompréhensibles de tous, qu’elles communiquent des données sur vous à des services de renseignements (et tout le reste) … et tant qu’il seront les seuls à produire ce matériel, la situation ne pourra pas évoluer, et une réelle indépendance populaire pour les questions matérielles restera impossible.

Cependant, des bribes de solutions existent déjà !! Voyons les rapidement :

le Raspberry Pi (ou « Raspi »)
Le Raspi est un nano-ordinateur : concrètement, c’est la même chose que la tour d’un ordinateur, sauf qu’elle à la taille d’une carte de crédit. Il a pour objectif de permettre l’accès à un ordinateur à moindre coût, notamment dans les pays défavorisés (le raspi 4, la dernière version, coûte à l’heure actuelle aux alentours de 80€ ; les versions les moins chères coûtes moins de 10€ … ). Il a également pour but de favoriser l’apprentissage de l’informatique, avec un produit particulièrement simple à comprendre (pour un ordinateur !!)       

Le Fairphone
Le Fairphone est un téléphone conçue par une entreprise néerlandaise qui essaye de faire au mieux du point de vue social et environnemental.

  • L’entreprise fait le choix de contrôler les points d’extraction minière afin de s’assurer de ne financer aucun groupe armé, ni le travail d’enfant, dans la mesure du possible (par exemple, l’entreprise n’a pour l’instant aucune solution pour des points d’extraction de tungstène ou d’or qui ne sont pas tenus par des groupes armés)
  • De la même manière, l’entreprise contrôle ses usines d’assemblage afin d’éviter le travail d’enfant.
  • Le téléphone est conçu pour lutter contre l’obsolescence programmée : tout le téléphone est démontable avec un simple tournevis, de manière à ce que si un composant est cassé (comme l’écran, le port de charge …), il vous suffit de changer ce composant sans jeter le téléphone. Cela augmente considérablement la durée de vie du téléphone, ce qui permet de consommer beaucoup moins et d’amortir le prix d’achat plus élevé qu’ailleurs
  • Le Fairphone est aussi conçu pour être au maximum compatible avec des OS libres

Conclusion :

J’ai essayé de vous montrer dans cet article, de la manière la plus claire et complète possible, quels sont les enjeux d’internet, les solutions possibles et les limites de ces solutions. Une grande partie de ces solutions sont accessibles au quotidien par n’importe qui, et vous pouvez dès maintenant adopter les solutions pour transformer internet et le monde vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement et de l’humain. J’espère que vous pourrez vous appuyer sur cet article pour modifier vos comportements !!

Pour conclure : Nous avons vu qu’il est impossible d’être parfaitement autonome dans les questions numériques. La seule réponse parfaite à cette question est donc l’abstention. Le seul moyen de ne pas être dépendant au quotidien des grandes firmes du numérique, c’est de se passer du numérique.

Mais pensez-y un instant : peut-on être autonome dans la fabrication de panneaux solaires ? Appliquez cette question à d’autres objets de votre quotidien (votre vélo, vos livres …) et vous vous rendrez compte que c’est la même chose pour une grande partie de ces objets : le seul moyen de ne pas être dépendant de votre fabriquant de panneaux solaires, c’est de ne pas en utiliser. Pour toute une série d’objets du quotidien, la seule attitude parfaitement éthique, c’est l’abstention.

Cela nous amène à nous poser une question essentielle, celle du minimalisme. Même si nous ne pouvons pas nous passer intégralement d’électricité, nous pouvons modérer notre consommation pour gérer au mieux ses impacts sur la société et l’environnement. Et bien l’informatique, c’est pareil !! même si vous appliquer tous les principes que j’ai montré dans cet article, mais que vous en abusez en passant 15 heures par jour devant votre ordinateur, vous finirez par avoir un impact négatif sur la société et l’environnement, d’une manière ou d’une autre. Il faut donc se poser la question décisive de la sobriété.

Si l’autonomie numérique est impossible, alors une société humaine post-effondrement devra se passer d’informatique. Seuls des inventeurs chevronnés qui s’attellent à ces questions dans notre société actuelle peuvent faire avancer le progrès technique et renverser la vapeur !! C’est la seule option pour qu’internet soit compatible avec une société post-effondrement. En attendant, apprenez à vous en passer !!

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